Jean Claude Noël i
Je te remercie d’avoir accepté mon invitation à réaliser cet entretien autour du thème
« Haïti et le cinéma » ou « Le cinéma et Haïti ». Tu as carte blanche, autrement dit,
tu es libre de répondre, comme bon te semblera, à mes questions au cours de cet entretien.
Je voudrais alors que l’on commence par questionner le thème central de notre entrevue
: « Le cinéma et Haïti ou Haïti et le cinéma », que te suggère-t-il ?
Alain Brossat ii
« Haïti et le cinéma » : ça supposerait bien des choses pour pouvoir donner
des réponses qui fassent sens. Il faudrait pour cela connaître ce pays de l’intérieur
soit en étant Haïtien, soit en étant très familier avec Haïti. On pourrait alors
envisager de parler de façon informée et compétente des relations qui
s’établissent entre le pays (Haïti comme peuple et population plutôt
qu’État et territoire) et le cinéma, notamment du point de vue d’une
production éventuelle de films. Ce qui n’est pas mon cas, puisque
je ne suis ni l’un ni l’autre, n’ayant brièvement séjourné à
Port-au-Prince qu’à deux reprises. Donc, tant qu’à opter pour
une des deux tournures que tu mentionnais, je préférais dire
« le cinéma et Haïti », c’est-à-dire voir ce que le cinéma,
éventuellement, aurait à dire à propos des conditions haïtiennes,
sur l’histoire haïtienne, sur la société haïtienne en général, et
éventuellement quelle pourrait être la tâche, une tâche du cinéma
par rapport à ce que sont la condition et la situation,
en général d’Haïti. Donc, en bref, pour moi, travaillant
sur le cinéma plus que sur Haïti, l’approche de la question
par le biais du cinéma serait celle par laquelle je me sentirais
un peu plus à l’aise, tout en ayant des compétences, dans tous les cas,
extrêmement limitées, vu le sujet.
JCN
Aussi limitée que puisse être ton intervention en prenant le sujet par ce biais-là,
« le cinéma et Haïti » : qu’est-ce que le cinéma pourrait nous dire d’Haïti ?
Qu’est-ce qu’on pourrait apprendre d’Haïti à travers le cinéma ?
Qu’est-ce que le cinéma pourrait nous aider à comprendre d’Haïti ?
Est-ce que ce serait un miroir pour cerner Haïti et quelle Haïti
cernerions-nous à travers le cinéma ? Quelle image le cinéma
pourrait-il donc projeter d’Haïti ou faire apparaître ?
AB
Une question, presque une question préalable, qu’on pourrait se poser, mais c’est vraiment sous la forme d’une question... Dans son livre (deux livres, en vérité) désormais classique sur le cinéma, et d’autres textes, Gilles Deleuze navigue entre les deux motifs du « devenir minoritaire » et du mode mineur d’une écriture littéraire ou cinématographique ; ce qui importe ici pour notre sujet, c’est la façon dont il envisage que le cinéma, un certain cinéma, peut lier son destin à celui d’un peuple engagé dans un devenir qui n’est pas celui d’un État-nation appelé à entrer dans le monde et l’histoire du « majoritaire » – ce qui paraît bien s’appliquer à la configuration haïtienne. Il veut aussi parler d’un cinéma qui n’est pas dialectique au sens où il n’a pas forcément comme force motrice la dialectique révolutionnaire inscrite dans l’horizon de l’émancipation... Il parle de la place et du rôle du cinéma dans des pays marqués par l’histoire coloniale et qui s’en extraient sur un mode mineur, sur celui d’un « devenir minoritaire », sans se normaliser aux conditions de l’Occident ou du Nord global...
JCN
Autrement dit, ce ne sont pas pour lui des shithole countries? iii
AB
Ce n’est pas du tout sa perspective, évidemment, et la pensée de Deleuze se tient fort éloignée sur ce point comme sur le reste de celle de Trump, laquelle se tient à hauteur de caniche et, en l’occurrence, de déjection canine...
JCN
Ce ne sont pas des shithole countries mais ils le sont d’une certaine manière ?
AB
Ce qui est déterminant, c’est la position dans le champ général, disons, du cinéma mondial, et puis de l’histoire particulière de peuples ou de nations qui, pour des raisons historiques et culturelles, se trouvent en position de minorité, avec tous les guillemets qu’on voudra, par rapport à des ensembles majoritaires, comme dit Deleuze. Il fait, par exemple, entrer dans cette catégorie le cinéma des années 1960, le Brésil. Le Brésil est un grand pays, ce n’est pas un pays minoritaire en ce sens, mais du point de vue de l’histoire générale du cinéma, il l’est, pour Deleuze, tant pour des raisons historiques que culturelles. Il est vrai que le cinéma brésilien
qui émerge dans les années 1960 est un cinéma minoritaire parce qu’il se
développe selon une trajectoire qui le situe aux antipodes d’Hollywood,
dans la façon dont il établit ses relations au peuple. La chaîne associative
intéressante est ici celle qui s’établit entre peuple « minoritaire »
et cinéma « minoritaire ». Dans les deux cas, minoritaire s’oppose à
mineur au sens courant du terme, mais le mineur va se retrouver
ici dans son opposition au majeur comme dominant.
Donc, partons de l’idée qu’il y a des peuples, des langues aussi. Les langues,
c’est très important et cela le serait dans ce contexte, pour Haïti,
je pense évidemment à la langue créole. Il y a des peuples, des langues,
des histoires, etc. qui sont en position d’être minoritaires dans leur rapport
à des peuples, des langues, des cultures majoritaires. Ce n’est pas ici
essentiellement une question de rapports de forces, plutôt une façon d’être
au monde, et une modalité de la relation avec les « majoritaires ».
JCN
Et quel est alors le rôle ou la place du cinéma dans tout ça ?
AB
Deleuze s’intéresse à la place et au rôle du cinéma dans l’histoire de peuples qui sont en position minoritaire. Pour lui, le cinéma joue à certains moments charnières de leur histoire un rôle déterminant parce que va s’établir un rapport très étroit et direct entre le peuple, un peuple, comme figure politique (pas une population au sens démographique du terme, au sens de l’ensemble humain qui fait l’objet du gouvernement des vivants). Un peuple, donc, au sens politique et pas forcément comme peuple national d’ailleurs – ça peut être comme « peuple populaire », peuple d’en bas –, le cinéma va pouvoir à un moment donné jouer un rôle tout à fait déterminant dans l’émergence d’un peuple, par exemple dans le développement d’une conscience anticoloniale. À un moment donné donc, il y a des films qui vont être des stimulants, des condensateurs, des marqueurs. Il prend le cinéma novo brésilien,
avec notamment un réalisateur comme Glauber RochaiV dans les années 1960.
C’est ainsi qu’il y a des films comme ça qui ne sont pas simplement des films de
représentation, mais qui sont des films d’expression et d’intensification de
ce qu’est la situation d’un peuple dans un moment charnière où quelque chose
émerge d’une position particulière et excentrée, avec tout un arrière-plan de
frustrations, de violences exercées par les gouvernants et les dominants,
de misère, de stagnation...
Donc, ce cinéma est en ce sens-là, d’emblée, je ne dirais pas populaire au sens où on va dire que tel film d’Hollywood est populaire parce qu’il est commercial. Non, pas du tout populaire dans ce sens-là, mais au sens où s’établissent des affinités entre les dispositions et les aspirations d’un peuple à un moment donné, et ce que disent ces films dans une esthétique particulière et des récits directement branchés sur l’imaginaire populaire. Ces films recèlent une critique du présent, même si celle-ci n’est pas explicite et c’est ainsi qu’ils peuvent rencontrer les aspirations et le désir d’émancipation de ces peuples. C’est cela que retient surtout Deleuze, cette particularité de cinéma minoritaire, d’être en prise directe sur le populaire. Pour un exemple proche, on pourrait dire que Liborio, film dominicain de Nino Martinez Sosav (2021), c’est du cinéma « minoritaire » ou mineur, dans le sens de Deleuze : une communauté survivant dans les mornes, inspirée par un messie revenu d’entre les morts, et qui va être débusquée par l’appareil militaire du monde majoritaire par excellence –
l’État colonial ou post-colonial...
Bref, tout ce long détour par Deleuze pour me poser la question : est-ce qu’un tel cinéma a jamais existé en Haïti, fût-ce à l’état embryonnaire ? Ce que je veux dire par là, c’est donc non pas un cinéma sur Haïti, fait par des blancs européens ou américains, mais dans le cinéma autochtone proprement haïtien, même balbutiant, même faible, même avec des moyens de fortune, sans studios ni argent... Mais est-ce qu’un tel cinéma qui aurait eu cette capacité d’entrer dans le jeu du minoritaire ou du mineur en ce sens-là, a jamais existé dans l’histoire d’Haïti ? C’est une question que je me pose et que je te pose... Cela me paraît être une question absolument essentielle pour parler du cinéma et d’Haïti, parce que si ce moment-là fait défaut dans l’histoire d’un peuple, je pense qu’il y a là vraiment un chaînon manquant. Vu l’importance que le cinéma a jouée et joue encore dans la formation des identités collectives, dans les sociétés du XXe et maintenant du XXIe siècle, dans la formation d’une mémoire collective et la construction de récits du passé commun, le cinéma a toujours un rôle essentiel à jouer, notamment dans ces moments clés où se produisent des bifurcations
dans l’histoire d’un peuple.
JCN
La question est tout à fait importante. Je pense que l’on pourrait alors se demander
s’il existe un cinéma haïtien. Et s’il y a un cinéma haïtien, est-ce que ce cinéma,
on ne peut pas dire, par son statut minoritaire, peut ou pourrait devenir populaire ?
Et est-ce que – quand on entend par populaire, toujours dans la référence que tu
as faite à Deleuze, ce n’est pas populaire au sens d’un cinéma qui drainerait un
grand nombre de téléspectateurs, un grand public – ce cinéma peut nous aider
à voir apparaître, émerger un peuple sur une scène ? Bref, est-ce qu’il y a
un cinéma haïtien ? C’est la question qu’on se pose. Est-ce que le cinéma haïtien,
donc les films qui sont produits en Haïti peuvent prétendre être le cinéma haïtien,
au sens où l’entend Deleuze ? Des questions auxquelles je n’ai pas de réponse...
Mais est-ce que le fait qu’il y a quand même des films pourrait nous conduire
à parler de cinéma haïtien ? Pour analyser cette question d’Haïti et le cinéma
ou le cinéma et Haïti, est-ce que nous sommes obligés de prendre en compte
des films qui sont produits par des Haïtiens en Haïti, forcément ?
AB
Non. Pas nécessairement. Mais je pense que, dans la situation du monde d’aujourd’hui,
des pays qui sont totalement dépourvus ou à peu près totalement dépourvus d’une
cinématographie autochtone sont des pays mutilés. Culturellement ce sont des pays mutilés,
c’est-à-dire les pays où ce qui remplace une production cinématographique autochtone,
ce sont les industries culturelles qui sont évidemment des machines culturelles hégémoniques,
les industries culturelles du monde blanc, des États-Unis avant toute chose, de l’Europe et,
éventuellement, ou alors d’autres industries culturelles qui se développent
maintenant en Extrême-Orient, en Asie orientale.
Les films des nouvelles grandes chaînes de production états-uniennes à la Netflix ou Marvel,
les séries d’un peu partout, les soap-opéras coréens, les mangas japonais, etc.,
le cinéma de Hong Kong même s’il est en perte de vitesse aujourd’hui.
Un pays qui est dans cette situation-là où il n’y a pas eu ou bien où
a disparu toute production cinématographique autochtone est un pays auquel
il manque quelque chose d’essentiel ; d’autant plus que cela va généralement
de pair avec la disparition des salles de cinéma, ne l’oublions pas.
Ce sont des pays où les gens ne vont plus du tout au cinéma,
et il y en a beaucoup maintenant dans le monde ;
les salles de cinéma qui sont remplacées par les séries
qu’on voit à la télé, tout ce que, de plus en plus, on voit sur internet,
sur YouTube, etc. Ou bien dans certains pays africains, on a de petits salons
où on regarde des films en payant trois francs, six sous pour regarder
un DVD rayé ou voir un Bruce Lee sur une VHS un peu nébuleuse...
Mais sans doute tout ceci est-il dépassé...
On a là un vrai manque. Je veux dire, soit quelque chose qui n’a jamais existé,
soit, plus souvent peut-être, qui a disparu. En ce sens, il n’y a plus de cinéma
à proprement parler, dans la forme classique qui s’était établie au cours du XXe siècle.
Les gens regardent encore des films ou des dérivés de films comme les séries,
mais dans des conditions tout à fait différentes. Ou bien alors,
dans les espaces urbains du Nord global, la façon traditionnelle
de regarder un film existe encore, mais sous une forme purement
consumériste, avec les complexes à salles multiples où on va bouffer
du pop-corn en regardant un blockbuster américain.
Ça, c’est aussi une certaine disparition du cinéma.
Alors la question serait de savoir, et encore une fois, ce n’est pas moi qui peux y répondre,
où est la place d’Haïti dans cette description sommaire ? Je n’ai pas souvenir d’avoir vu
un seul film haïtien ; quelques films relatifs, de près ou de loin, à Haïti.
J’ai vu, bien sûr, quelques films de Raoul Peck, mais c’est un cinéaste international
plutôt qu’haïtien à proprement parler. Et son film sur Karl Marx, trop ornemental,
ne m’a pas convaincu. Et pas davantage son plus récent film inspiré par Exterminez
toutes des brutes de Sven Lindqvist, trop ambitieux, digressif, simplificateur...
JCN
Un de ses derniers films est sur James Baldwin : I am not your Negro (2017). vi
AB
Là, c’est différent. Je ne l’ai pas vu. Mais je connais le texte à partir duquel s’est fait le film, un texte de Baldwin. Et Baldwin, c’est toujours tranchant... Cela évidemment a un rapport avec la question afro-américaine, donc c’est donc tout autre chose que son film sur Marx qui est pour moi, vraiment, fait pour les Européens, le Nord global.
JCN Oui c’est vrai. Le problème avec Haïti, relativement à la question du cinéma, est qu’il y a plus ou moins, entre guillemets, une production cinématographique haïtienne qui traite surtout de sujets à la télénovela, mais qui ne soulève pas de grande question, n’a pas de grande production, ce qui permettrait de traiter de questions historiques. Ce sont des films communs, c’est-à-dire tout à fait ordinaires, sans grande originalité, des films commerciaux, destinés à une consommation strictement locale. Des films qui soulèveraient véritablement des questions de société ou philosophiques, il n’y en a pas, pour mieux dire, je n’en connais pas non plus, jusqu’à preuve du contraire.
AB
Comment le public a-t-il accès à ces films ?
JCN
Ces films sont diffusés pour la plupart à la télé en Haïti. Des stations de tété qui sont
en majorité la caisse de résonnance de la propagande occidentale et qui, comme tu l’as
évoqué précédemment, diffusent des blockbusters américains surtout et les télénovelas
sud-américaines. Depuis quelques années, il n’y a plus de salle de cinéma,
donc les gens regardent soit à la télé ou chez eux à partir de DVD,
ou des films téléchargés, plutôt piratés, sur des sites internet.
Les films dits haïtiens sont la plupart du temps distribués sous
le manteau (pas dans le but d’échapper à la censure mais au sens
de l’interlope, de la contrefaçon) ou sont vendus par des gens qui
vendent des copies (de films haïtiens et autres) trafiquées illégalement,
sur les marchés, sans le moindre scrupule. La culture de la débrouillardise
et de la contrebande est d’ailleurs la norme dans le pays. Il n’y a pas
vraiment de circuit « normal » de distribution. Ça fait plus de dix ans que
j’ai laissé le pays, mais, pour le peu que je sache, il n’y a pas eu
de nouveaux films sortant de ce constat alarmant (à part peut-être Freda (2021)
de Gessica Généus vii, projeté au festival de Cannes de la même année).
Mais quand même il y a des films réalisés en Haïti, par des Haïtiens,
de même qu’il y a des films où il est question d’Haïti, ou dans lesquels le pays est évoqué.
AB
Mais est-ce qu’il y a des studios ?
JCN
Non. Il n’y a pas de studio de production au sens occidental du terme, ou dans le cadre ou en appui à une industrie du cinéma.
AB
Est-ce qu’il y a une structure de production, puisqu’il y a des producteurs quelque part ?
JCN
Il y a quelques producteurs ou plutôt des réalisateurs, peu ou prou professionnels. Au moins, il y en a qui sont des cinéastes haïtiens « de nom », mais autant que je sache, ceux qui existent ont du mal à subsister. Donc c’est une situation assez difficile pour tous les producteurs culturels en Haïti. Le cinéma existe en Haïti, autrement dit, les Haïtiens consomment du cinéma. Alors, si l’on revient encore sur cette question d’« Haïti et le cinéma », ça pourrait être aussi « Haïti dans le cinéma » ?
AB
Mais alors ça, c’est une autre question.
Paru le 4/2/2025
i Ancien élève de l’École normale supérieure de Port-au-Prince, docteur en philosophie et spécialiste du marquis de Sade et de la littérature et philosophie libertines, il vit actuellement en France.
iiAncien professeur de philosophie à l’université Paris 8, aujourd’hui à la retraite, il est auteur notamment de plusieurs livres sur le cinéma, la philosophie. Il est notamment spécialiste de Michel Foucault.
iiiPays de merde. Propos du président américain, Donald Trump lors de son premier mandat (2016-2020), prononcé lors d’une réunion avec un groupe bipartisan de sénateurs démocrates et républicains, le 10 janvier 2018. Il faisait explicitement référence à Haïti et aux pays africains. (Voir Ali Vitali, Kasie Hunt et Frank Thorp V, « Trump referred to Haiti and African nations as ‘shithole’ countries », www.nbcnews.com, 11 janvier 2018 : https://www.nbcnews.com/politics/white-house/trump-referred-haiti-african-countries-shithole-nations-n836946).
iv Glauber Rocha (1939-1981), réalisateur, scénariste, acteur et monteur brésilien, leader de la nouvelle vague au Brésil, autrement dit le cinéma Novo. Réalisateur notamment des films Le Dieu noir et le Diable blanc (1964).
vNino Martinez Sosa, monteur et producteur dominicain. Il a également réalisé La solitude (2007) et La ventana de Nena (2014).
vi Film documentaire de Raoul Peck (455), inspiré d’un essai inachevé de l’écrivain gay et afro-américain James Baldwin, et qui est une sorte de biopic sur ce dernier. Réalisé en 2016, le film sortit originellement en anglais aux États-Unis l’année suivante.
vii Gessica Généus (né en 1985) est une comédienne, réalisatrice haïtienne. Elle réalisa notamment Douvan Jou Ka Leve (2017) et Freda (2021).
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